Facteur à Bousval de 1921 à 1965

Facteur ! Voilà une fonction qui a bien changé, comme en témoigne l’histoire d’André, dont les anciens se souviennent bien, eux dont il était parfois le confident toujours à l’écoute (rôle tellement important dans un village !).

Son père, facteur lui aussi, avait quitté l’Ardenne et Vielsalm, son village natal, et en 1902, avait été muté à Bousval, où il habite au numéro 68 de l’avenue des Combattants.

André est nommé définitivement facteur en 1921, à l’âge de 17 ans, et toute sa vie est rythmée par les tâches de sa fonction.

La journée débute au petit matin par l’allumage du poêle au charbon pour réchauffer le local de la poste. Celui-ci est logé dans la gare (à l’emplacement de l’actuelle salle omnisports) ; le chef de gare est Jules Willems, qui exerce aussi la fonction complémentaire de percepteur.

Peu avant 5 h 30, le premier train dépose le sac du courrier de Bousval, qu’André et Paul Lengelé, son seul collègue facteur, doivent trier par rue et par numéro pour organiser leur tournée (André consigne les noms et adresses de sa tournée dans un carnet).

Commence ensuite la distribution, à pied et à vélo, par tous les temps, dans toutes les boites aux lettres (1200 à 1300 habitants à Bousval alors).

La tournée d’André comporte le centre (avenue des Combattants, rue de la Forge, début de la rue du Château, rue du Grand Arbre), puis la rue du Point du Jour jusqu’au Sclage ainsi que les rues du Fond des Bois et de l’Alfer, le pavillon de Bal et la ferme d’Agnissart !

La tournée de Ways se fait en camionnette jusqu’à La Hutte, hameau éloigné du centre et proche de la ferme d’Agnissart. André a longtemps, et vainement, demandé que la ferme d’Agnissart soit rattachée à la tournée de Ways, mais ce n’est qu’après son décès que le percepteur des postes de Genappe modifiera cette tournée.

La distribution du courrier est assurée tous les matins, du lundi au dimanche, et une deuxième « petite » tournée est organisée l’après-midi, pour le courrier urgent des entreprises.

La longueur de la tournée nous épate, mais c’est sans parler de la lourdeur de l’équipement : une imposante sacoche en cuir rigide, accrochée à l’épaule par une courroie et dont le poids peut atteindre 15 kg lorsqu’elle est remplie de lettres, cartes, journaux, petits colis et aussi chèques et argent liquide des pensions.

Robert, le fils d’André, se souvient qu’en 1949, son père a participé à la « marche des facteurs », randonnée de 15 km, chargé d’un sac de 12 kg.

La tournée exige aussi de relever le courrier déposé dans les boites aux lettres rouges, et de le faire aux heures indiquées : il importe donc de respecter l’horaire imposé. Un chef facteur vient de Charleroi deux fois par an pour contrôler la qualité du travail et le respect strict des règles.

André est fier de son uniforme qui, il faut le dire, est de bonne qualité : képi, pantalon et bretelles, veste bleu-gris avec ses boutons cuivrés et les insignes de la poste, capote très large qui protège du froid et de la pluie (qui l’alourdit du poids de l’eau). Cet uniforme a été bien utile pendant la guerre, lorsqu’André allait chercher du ravitaillement à Strépy, village familial proche de Vielsalm : son uniforme, soigné et bien repassé, lui donnait belle allure et faisait bon effet auprès des Allemands !

Dur métier donc que celui de facteur, mais qui compte aussi son lot de menus plaisirs et de petits bonheurs. Les enfants d’André raffolent de découvrir le contenu de sa sacoche lorsqu’il rentre le soir, sacoche garnie par ses « clients » en juste reconnaissance de sa gentillesse et de sa disponibilité : bonbons, galettes, pièces de monnaie, légumes, lapins ou faisans aussi, offerts par le garde de La Motte ou de Saint-Donat.

Fin connaisseur des bons coins de Bousval, André ramène parfois des champignons cueillis dans les prés, ou du muguet au début du mois de mai.

Pour la famille Martin, la vie est belle. Le traitement de facteur n’est pas mirobolant (aucune augmentation entre 1925 et 1938, par exemple) mais les besoins sont sans commune mesure avec ceux d’aujourd’hui et la maman s’attache à les satisfaire. Robert, lors des congés scolaires, accompagne son père dans sa tournée, étonné des confidences qu’il reçoit et de l’accueil « portes ouvertes ». C’est en observant la disponibilité de leur père que ses quatre enfants – Robert, Rita, Gisèle et Brigitte – ont appris le plaisir de rendre service et développé leur intérêt pour la vie du village : bel héritage ! Ils ont aussi eu la chance de vivre à une époque où tout le monde se connaissait et se parlait, chance de vivre dans un vrai village, quoi !

Je vous ai parlé du bureau de poste de Bousval situé dans la gare.

Carte postale ancienne de la gare de Bousval (façade avant)

Celle-ci accueillait aussi le service des téléphone et télégraphe, distinct du service postal et relié au central de la gare de Genappe, où travaillaient plusieurs téléphonistes chargées des branchements manuels vers l’extérieur. Les numéros de téléphone comptaient trois chiffres et Bousval disposait de son porteur de télégrammes attitré.

Quand la gare a été mise hors service, le bureau de poste a déménagé d’abord dans une aile de l’ancien bâtiment de l’école communale, puis dans une maison louée, rue des Brassines, et dans la crèche à côté de l’école communale pour atterrir finalement, et très heureusement, dans les locaux de la supérette Delhaize.

Par ailleurs, il y avait aussi un bureau de poste à côté de la gare de Noirhat, qui possédait son cachet spécifique « Noirhat » et employait ses propres facteurs, comme Florent Anciaux.

J’ai recueilli tous ces souvenirs lors d’une entrevue avec les enfants d’André Martin, Robert et Brigitte, qui m’ont longuement reçu le 16 février.